Week-end de bobonnes

Réflexions humoristiques d'une sexa.

Billet

18e2ba4a-67ca-47b2-baab-f97cead53ecf.jpeg, nov. 202550 ans, ce n’est pas rien, surtout quand on en a 18 de plus.

En 1975, nous étions 24 à obtenir le Graal pour les études supérieures.
Nous n’étions pas peu fières d’avoir affronté et réussi tant d’heures de latin et de math sans compter celles, entre autres, de langues modernes et de dessin scientifique, univers compliqué pour certaines d’entre nous.

Ça devait se fêter.

Dans le labyrinthique gîte rural d’un château ardennais, nous nous retrouvâmes par petits groupes successifs. Le GPS de Bobonne ayant fait des caprices, c’est après quelques moments d’inquiétude et, avec le gosier à sec, que l’assemblée accueillit la retardataire avec une satisfaction trop ostentatoire pour sa modeste personne : elle était chargée des vins pour le week-end !

Une chiquenaude sur leurs capsules et les premiers cubis furent promptement dépucelés. Ça démarrait d’enfer !

Ce microcosme artificiellement créé il y a tant d’années par des parents soucieux de donner à leur progéniture une éducation intellectuelle, réputée haut de gamme, d’un institut chrétien, était, a priori, aussi varié que le hasard peut le faire.
De l’introvertie discrète à l’exubérante extravertie, le corps professoral jouissait du panel.

Ces décennies à nous revoir assez régulièrement nous avaient bien plus unies que cette période délicate de l’adolescence où on tâche de se faire une place en écrasant éventuellement au passage quelques personnalités s’avérant provisoirement plus timides. Le quotidien scolaire commun et quelques actions d’éclat collégiales avaient malgré tout cimenté le groupe.

Petit topo des forces en présence.

Hélas, deux amies nous ont quitté bien trop tôt, deux n’ont jamais voulu participer et quatre étaient empêchées.
Dans le joli éventail de caractères, on trouve les âmes d’organisatrices efficaces entre gestion de l’événement, de sa logistique et de ses activités, les animatrices aguerries et, les participantes actives à apporter ce que les susnommées ont prévu, outre leur bonne humeur bien entendu, l’invitation l’exigeant !

Physiquement, la troupe se porte bien, entre juste proportion d’amatrices de cheveux couleur naturelle et artificielle, peu de taches brunes et de bosses du bison naissantes, rides plus ou moins discrètes et, au grand dam de Bobonne, une écrasante majorité de sexagénaires qui n’ont manifestement pas besoin de recourir à l’esclavage du régime, à moins que leur hyperactivité sportive, comme nous allons le voir, soit la clé du succès de leur summer body de rêve !
Malgré ces avanies biologiques inéluctables, l’oeil et la répartie sont toujours vifs voire acérés comme au bon vieux temps de nos humanités, substantif n’ayant jamais si bien porté son nom.

A chaque réunion, les personnalités les plus fortes ressurgissent immanquablement mais il est notoire qu’une forme d’uniformité Grande Gueule s’est construite, le bénéfice de la maturité sans doute. Aussi, l’ambiance est plutôt exubérante, qui, de son bon mot, de la pique sympathique, de la critique pointue, tout le monde a son moment de gloire même si, dans la bonhommie ambiante, il faut rester à l’affût d’une remarque ironique, sport très pratiqué depuis toujours. Il faut s’attendre à être brocardée au moindre accord du participe passé erroné. L’entourage de Bobonne y reconnaîtra son énervante tendance, qu’elle réprime cependant du mieux qu’elle peut, à faire ce genre de correction.

Bien qu’on soit malgré tout en présence de plusieurs sergents-chefs, du plus souple au plus directif, fi de la charge mentale ! Un ballet de fées du logis spontanées et autonomes laisse chacune en détente totale. Sans une question, l’organisation est digne d’une fourmilière auto-régulée. Bobonne se demande si une réunion d’hommes sexagénaires se passerait pareil. Peu charitable, elle imagine leur « Qu’est-ce qu’on mange ? » en ouvrant le frigo vide, le premier soir après l’apéritif ! Rien de cela ici, tout roule.

Après une raclette aux copieux fromages savoureux et variés, la première soirée se passe dans un joyeux brouhaha ludique où la GO principale, au taquet, accompagnée de ses acolytes hyper vitaminées, avait préparé des jeux surprenants et combien commémoratifs !

Les bobonnes rejoignent leurs chambres au gré des affinités, Bobonne, devenant asociale avec l’âge, préfère la solitude quiète d’un dortoir vide. Elle fit bien, le lendemain les anecdotes sur les ronflements intempestifs furent le premier sujet de discussion du matin !
Le petit déjeuner, dont la logistique rivalisa avec les brunchs des meilleurs hôtels, fut plantureux. Sauf Bobonne et une autre amatrice de mots croisés et sudoku, des activités bien de leur âge et dues à leur corps défaillant, toutes, peut-être pour se faire pardonner les abus de la veille, se lancèrent, dûment équipées de bottines et bâtons de marche à la découverte de La Fagne de Malchamps.

Bobonne Danièle nous raconte :
Le paysage est magnifique, ocre et bordeaux avec quelques arbres nus qui semblent attendre un vautour... Après un long caillebotis, nous atteignons la Tour de Bérinzenne. Grimper l’escalier à double révolution (comme à Chambord-excusez du peu !) nous permet de prendre des selfies souvenirs avec notre savane sans lions en toile de fond. 5 km de plaisir ! Nous pratiquons toujours l’arrondi à l’unité supérieure histoire de valoriser nos exploits cependant modestes !

Après un bon lunch roboratif et, peut-être pour s’ouvrir l’appétit pour le repas du soir, les aficionada de l’exploit sportif renfilent leurs chausses pour une boucle de 7 km.

C’est jour de chasse (jour de danger pour les biches …), le châtelain nous a conseillé le bois qui descend sous son château. La forêt est somptueuse et nous foulons un épais tapis de feuilles d’automne emportées par le vent dans une langueur finalement peu monotone puisque des feuilles traîtres cachent les pierres glissantes. Dans la raide descente vers l’Amblève, un vol plané cartoonesque attire toutes les attentions. Retenue par la jambe de pantalon avant d’amerrir dans le ruisseau, les doctoresses et kiné se précipitent pour assister la victime ... qui se relève boueuse mais avec le sourire. Une montée tellement abrupte que plus personne ne parle, un exploit en soi, nous ramène au gîte à la nuit quasi tombée.

Malgré leur arrivée tardive, chaleureusement accueillies par le traiteur et les prudentes, déjà endimanchées, nos aventurières se mettent sur leur 31 pour cette soirée jubilaire ! N’est-ce pas un privilège de retraitées de se faire servir un repas élaboré, de saison et produits locaux ?

Assez typiquement boomer, rimant parfois avec commères, le caquetage atteint son paroxysme, qui de défendre ses opinions avec plus ou moins d’objectivité sur les sujets d’actualité  ou d’en relancer des plus délicats, comme l’alimentation. Entre l’intolérance au lactose, gluten et les mangeuses de graines, on n’oubliera jamais notre meilleure snipeuse tirant un tonitruant péremptoire : « Moi je ne mange pas de viande mais je me fous des animaux » qui laissa l’assemblée pantoise.

Une partie de « Qui suis-je » amena l’excitation à son comble quand la trublionne de la bande, loin de son calme cabinet d’hypnose, se fit un malin plaisir de détailler les réponses, plus que nécessaire, malgré l’opprobre générale et vigoureuse ! La jeter une pierre au cou dans l’Amblève, c’est ce que toutes souhaitaient !

La nuit au dortoir fut agitée, Bobonne ayant été rejointe par deux autres ronfleuses ! Un lit s’y est effondré, peut-être la justice divine contre la susdite perturbatrice ?

Assurément pour le plaisir, une dernière balade dans cette superbe région, 5km, mais ce sont des kilomètres d’aventures grâce à l’App Totemus. Nous partons de Rahier pour la “Promenade des castors”. De jolies sculptures en bois balisent le chemin. Ce sont des castors, chaque fois différents et qui portent une petite phrase en wallon. Nous marchons d’énigme en énigme. Malgré la pluie qui s’est invitée, nous nous amusons comme des gamines que nous avons décidé de rester. Devant un imposant chantier de (vrais) castors, la sculpture sympa nous dit avec saveur le mot de la fin : Un jubilé de classe “On s’î plêt bin” !

Inutile de dire que le rangement final se déroula avec une aisance organisationnelle qui épaterait le pire des misogynes !

Que conclure de cette expérience qui laisse quelques sceptiques dans nos entourages ? Comment peut-on passer un week-end complet avec des personnes qu’on a côtoyées, certes quotidiennement pendant 3 ans (6 pour les plus chanceuses) mais dans cette période de la vie, l’adolescence, peu consensuelle et assez « sauvage » ?

Nous avons fréquenté une école catholique réputée qui tirait nos personnalités variées vers un certain élitisme, avouons-le. Nous sommes toutes bien diplômées. Mais elle a dû aussi nous donner une éducation ouverte et sociale. Car à la fin de ce super week-end, nous confirmons que cette institution chrétienne a produit des femmes libres, paradoxalement peu portées sur la religion, et d’obédience politique très cosmopolite…
Assurément des femmes de caractère, des super bobonnes !

Notre prochaine rencontre ? Notre entrée dans la septantaine : on s’en réjouit !

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